Police prédictive et manifestation "à fort potentiel de conflit"



  • Dans ce tweet la société française Onhys (logiciel de gestion de foule principalement) se vante de faire partie du projet OPMoPS (pour Organized Pedestrian Mouvement in Public Space)
    En gros ce projet franco-allemand vise à créer un système de police prédictive « dans la gestion de manifestation à fort potentiel de conflit » comme le titre la revue de la Gendarmerie nationale de ce mois-ci. A noter que le CREOGN fait aussi parti de l'aventure.
    Attention, la création de cet outil d'aide à la décision vise seulement à "assurer la sécurité des participants tout en garantissant l'exercice de leurs libertés fondamentales ".

    Dans la revue, page 91, on trouve la mention de ce fameux projet OPMoPS. Le projet est justifié par ses auteurs car aujourd'hui, beaucoup de données sont produites (via les drones, les caméras) pendant une manif mais ils ont des difficultés à les analyser.
    D'où le développement de ce système "intelligent" pour anticiper les mouvements de foule et détecter automatiquement les comportements violents.
    Cet outil bénéficierait à la police allemande et la gendarmerie française.

    • Il servirait notamment comme "aide à la décision" pour assister les FDO (forces de l'ordre) à se positionner par rapport à la foule, à obtenir un itinéraire optimal de déplacement pour les FDO etc.

    • Également à optimiser l'emplacement des caméras de vidéosurveillance (pour mieux qu'une caméras soit capable de voir une place entière) et l'ajout d'un logiciel dit intelligent pour traiter ces données.

    • A perfectionner le trajet des drones (pour qu'ils aient le trajet "parfait" je ne sais pas trop ce que ça signifie)

    OMPoPS sera (quand ? c'est pas précisé) créé et subventionné par des universités/labo françaises et allemandes, le Creogn et ce sera l'entreprise ONHYS qui en développera l'interface.

    Dans ce numéro, il y a aussi un article sur l'emploi des drones par la gendarmerie dans le maintien de l'ordre p. 121 de la revue, ça vaudrait le coup de jeter un œil (c'est un numéro spécial Gestion de l'ordre public).





  • @Alouette a dit dans Police prédictive et manifestation "à fort potentiel de conflit" :

    projet OPMoPS

    Hello, j'ai lu l'article p. 121 et voici ce que j'ai pu en tirer :

    Le statut des drones est soumis à la réglementation aéronautique militaire édictée par la direction de la sécurité aéronautique d’État, qui se retrouve dans un Manuel d'exploitation (MANEX) et les drones font l’objet d’une autorisation de vol de la direction générale pour l’armement (DGA), prenant la forme d'un « acte technique », et un organe de contrôle interne assure le suivi des missions, des engins et des pilotes, avec une application dédiée, sans que l'on ait plus d'information sur l'origine et les caractéristiques de cette application.

    La doctrine interne édictée par la DGGN en 2017 a été revue en 2019, ce qui a amené à distinguer trois catégories de drones : nationaux, spécialisés, et territorialisés.

    Les auteurs nous donnent ensuite une petite chronologie de l'utilisation des drones au sein de la gendarmerie :

    • 2015 : utilisation pour évacuation d'une ZAD dans le Tarn
    • 2016 : utilisation dans le cadre de l'Euro de football
    • 2017 : gestion des conséquences de la tempête Irma à St-Martin
    • 2018 : utilisation dans le cadre des opérations contre la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, ici les auteurs vantent même "l'emploi des drones au MO à un niveau jamais atteint en Europe"

    Ce dernier point se caractérise selon eux par une mobilisation conséquente de nombreux drones, un terrain d'action complexe mais une zone peu peuplée facilitant le survol sans contrainte, et des chefs motivés par l'utilisation de ces nouveaux outils.

    Ainsi, dès le début des évacuations, les groupements tactiques de la gendarmerie (GTG) "ont rapidement compris le bénéfice qu'ils pouvaient tirer du drone pour mieux anticiper la manœuvre de l'adversaire, mieux comprendre la situation et fluidifier la coordination des opérations."

    Ensuite, les auteurs listent de nombreuses pratiques ayant lieu dans le cadre des opérations utilisant des drones : couple hélicoptère/drone, intégration des réseaux radios des drones civils de lutte anti-drone, ou encore guidage de lacrymo.

    Selon les auteurs, "l’utilisation des images des drones a permis de rendre public le niveau de violence auquel étaient confrontées les unités", permettant de combattre les "fake news" mettant en cause sur les réseaux sociaux l'action légitime des forces de l'ordre (argument qui peut tout à fait être utilisé dans l'autre sens par les citoyens et l'utilisation des images de leur téléphone lol)

    Ils reconnaissent toutefois que la réussite du drone en sécurité intérieure dépend de son acceptabilité sociale et de son cadre juridique, qui est actuellement limité au regard des capacités de surveillance qui existent et se développent encore.

    Les auteurs exposent ensuite plusieurs projets portés par la gendarmerie :

    • Expérimentation de drones filaires pour sécuriser des zones de grandes envergures comme les plateformes aéroportuaires
    • Utilisation ponctuelle d'un "ballon captif" monté sur une remorque développée spécialement, ayant une endurance de 5 jours, une faible empreinte sonore et des capacités d'observation jour et nuit
    • Acquisition de drones de sécurité publique, dits "LAME" (Low Altitude Medium Endurance), ayant une endurance de 2 heures, une portée de 25 km et une altitude allant jusqu'à 1 km.

    Le déploiement d'une flotte du quotidien pour la gendarmerie mobile est une priorité. Au titre des tests récents, présentés par des sociétés dont le nom n'est pas précisé, on peut noter : des drones anti-émeute avec diffusion de lacrymos, des drones lanceurs de produits marqueurs codants, des drones d'annonces publiques, et il est même imaginé des drones armés équipés de balles de défense ou grenades.

    L'arsenal que pourrait constituer une telle flotte de drone est donc assez effrayant, même si elle ne fait que reprendre des pratiques et outils déjà existants dans le cadre des opérations de maintien de l'ordre.

    Cependant, les auteurs reconnaissent qu'en matière d'acceptabilité il est peu probable que cet arsenal plaise à la population, ce qui les amène à appeler à avancer dans ces développements "de manière raisonnable et encadrée sans focaliser l’attention sur cette nouvelle technologie dont l’usage est parfois contesté, notamment en matière de captation d’images."

    Bien que cela puisse sembler rassurant, il me semble qu'il s'agit plutôt de continuer à développer les drones sans en faire une de communications publiques car il subsiste le risque d'une mauvaise image de la population face à ces évolutions, mais à mon sens, en aucun cas il n'est souhaité de limiter réellement l'usage des drones, au contraire.

    Merci pour le lien en tout cas, je ne sais pas si j'ai ressorti tous les éléments intéressants de cet article mais j'ai pris ce qui me semblait utile.

    Bonne journée à tous



  • Merci @mour41s4 pour le résumé ! C'est assez incroyable...
    Les gendarmes (j'imagine que c'est pareil pour la police) sont HYPER attachés à leur joujou.
    Ma phrase préférée de la gendarmerie qui veut faire des drones "un outil de poche du quotidien, partout, sur tout le territoire"


Log in to reply