"Toulouse, smart-city 2015-2020"



  • Cette article paru durant l'été 2018 dans le journal Brique et Tempête revient sur le projet de la métropole toulousaine "smart city 2015-2020"

    2018, Toulouse est capitale européenne de la science. Cette annonce qui sonne comme un coup d’éclat vise à récompenser les actions métropolitaines en faveur des innovations scientifiques et plus spécifiquement ses efforts dans la recherche sur les nouvelles technologies. Tour d’horizon de l’avancée du désastre technologique qui arrive moins vite que ce que veulent nous faire croire les discours performatifs des décideurs.

    Personne ne peut prévoir de quoi sera faite notre vie dans 20 ou 30 ans, même pas les ingénieurs qui travaillent à son avènement. Ainsi, afin de ne pas se laisser distraire par le masque bienveillant que portent les prêcheurs scientistes et leur discours annonçant une révolution imminente, il est nécessaire d’opérer une distinction. D’un côté, il y a l’instauration des nouveaux dispositifs technologiques qui reflètent les capacités techniques actuelles, l’avancée des innovations et également leur acceptabilité sociale. De l’autre, il y a les projections et envies des tenants de la domination quant à voir chaque objet et tout le monde connecté. Ces derniers bénéficient de clips promotionnels nous promettant une ville apaisée, fluide et connectée ; d’un musée, le Quai des Savoirs, qui présente jusqu’au 2 septembre l’humain de demain ; d’une flopée d’articles dans la presse-torchon nous ventant les bienfaits que chaque gadget apportera en termes de cohésion sociale, de démocratie ou de développement durable.
    Tout est fait pour que l’on conçoive les innovations comme inéluctables. On ne peut rien y faire, elles arrivent à grands pas. Inutile de vouloir s’y opposer. Tout est dit.
    Mais comme à Brique et Tempête on se méfie toujours de ce que dit le pouvoir, on a eu envie d’aller jeter un regard sur le projet « Toulouse, Smart City ». Depuis 2015 et jusqu’en 2020 la métropole toulousaine investit 500 millions d’euros au total pour 16 chantiers sur 5 ans et une dizaine d’expérimentations par an. Pour les yeux du pouvoir, ceux-ci se veulent une porte d’entrée pour faire émerger de nouveaux usages devant redessiner nos manières de nous rapporter à la ville. Une fois dissipé l’enfumage présentant ces chantiers et expérimentations comme géniaux, l’on peut constater que ceux-ci ne sont pas en train de transformer radicalement nos manières de vivre.

    L’Open Data et le tri sélectif

    Parmi ces chantiers, citons tout d’abord la publication des données publiques sur une plateforme de la métropole ouverte à tous et toutes1. En effet, dans un soudain souci de transparence, la métropole ouvre une partie des données qu’elle recueille. Afin de conjurer toute critique potentielle de voir Toulouse associée à Big Mother2, la ville se mue en une Open Data Métropole.
    Enfin, dans les titres seulement. Car évidemment nous n’avons pas accès à tout, et l’on se garde bien de nous transmettre, par exemple l’emplacement des caméras de vidéo-surveillance, ou toute information qui ne sert pas leurs intérêts comme ceux de la LGV ou de la destruction des quartiers autour de la gare. Par ailleurs, la plupart des données présentes est juste regroupée ici et est déjà consultable ailleurs, principalement sur les autres sites internet de la métropole. Les données existaient déjà avant, la nouveauté se situe dans la création de cartes géographiques, tableaux interactifs et statistiques. Ces derniers devant conduire à de nouvelles pratiques.
    Si l’on a du temps à perdre et l’envie d’aller fouiner sur data.toulouse-metropole.fr, l’on peut avoir accès à des données aussi importantes que le nombre de personnes qui a voté pour tel candidat dans tel bureau de vote. Savoir où se situent les points de distribution publique d’eau potable. Ou encore avoir accès aux cartes signalant les points de collecte pour le tri sélectif. Pour le moment, le jeu de données le plus téléchargé est celui de l’agenda culturel avec environ 28 000 clics. Les autres paquets ayant été consultés en moyenne 10 000 fois. Rien de quoi fanfaronner donc.

    Le lampadaire qui verdit Toulouse

    Parmi les autres chantiers, notons des projets toujours dans l’air du temps ; durable, écologique, efficient… Le chantier numéro 11 promeut l’installation d’un réseau d’éclairage public intelligent dans 20 rues, capable de détecter si une voiture ou quelqu’un·e traverse la rue afin d’activer la lumière. Dans le cadre du chantier 10, la métropole finance les bétonneurs au nom de la ville verte. La construction de l’écoquartier « la Cartoucherie » au nord-ouest de la ville est leur grande fierté. Joli tour de passe-passe que de présenter comme un projet écologique la construction d’une dizaine de tours de bétons.

    e-Démocratie

    Attention c’est le chantier numéro 1, la mise en place d’un outil en ligne de consultation et de concertation publique et là on ne peut s’empêcher de se marrer dès lors que l’on regarde les chiffres3. Le nombre de citoyen·ne·s consulté·e·s s’élève au chiffre faramineux de 2057 très exactement. À savoir que la métropole toulousaine compte 760 000 habitant·e·s, le taux de consultation s’élève à 0,002 % de la population résidente. Ce qui permet aux officiers de la métropole de prétendre construire la ville de demain avec les habitant·e·s.

    L’école connectée

    Le 16e et dernier projet qui est venu s’intégrer aux autres seulement à partir de 2017 est « Toulouse Smart Éduc@tion », qui vise à faire entrer l’éducation dans l’ère du numérique. La plateforme « SchoolMouv » développée à Toulouse permet de suivre les cours en ligne, d’avoir accès à des fiches thématiques qui renvoient à des articles en ligne et des vidéos sur le sujet. Le fameux tableau noir est aujourd’hui remplacé par un tableau numérique interactif. Finie la craie, le prof n’a plus besoin de tourner le dos à la classe et peut rester à son bureau, devant son ordinateur, pour présenter le cours où tout est retransmis sur le tableau interactif. Finis les cahiers, une série d’école à déjà opté pour l’intégration des supports numériques en offrant des tablettes à tous leurs élèves. Les établissements toulousains Claude-Nougaro, Jean-Pierre-Vernant et Raymond-Badiou ainsi que Jules-Ferry à Villefranche-de-Lauragais sont concernés par cette expérience. À terme, les profs pourront suivre l’évolution de l’apprentissage directement depuis leurs ordinateurs et n’auront même plus besoin d’évaluer. Des algorithmes s’en chargeront après que les élèves auront répondu aux tests depuis leur tablette personnelle.
    À Toulouse, une phase de test avec 12 collèges équipés en numérique a vu le jour à la rentrée 2017.
    2,75 millions d’euros sont alloués à ce déploiement dans les écoles élémentaires pour 2 700 ordinateurs et 113 vidéoprojecteurs numériques interactifs.

    « Mon frigo va à la Biocoop »

    Dans son schéma directeur 2015-2020 la métropole s’engage également à mener 10 expérimentations par an qui visent à la fois *« l’élaboration de nouveaux services grâce à la mise à disposition de certaines données de la collectivité et également de tremplin aux start-ups locales pour leur développement et le renforcement de leur visibilité à l’échelle nationale ou internationale »*4.
    Parmi ceux-ci, la dixième et dernière expérimentation de 2017, celle de cette mère de famille, Valérie Aubert, qui a développé une application visant à réduire le gaspillage alimentaire au sein des foyers. « SoAppli » a pour but de faciliter l’organisation quotidienne via son smartphone. En scannant les produits alimentaires, l’application est capable d’anticiper nos besoins et nous prévient de ce qu’il faut racheter ou non. Une liste de course toute préparée en fonction de l’état du stock de notre frigo et placards. Alors que les poubelles de supermarchés regorgent d’aliments consommables, que de plus en plus de personnes crèvent la faim aux coins de nos rues, on veut faire émerger un nouvel usage, plus écologique, de gestion de nos garde-mangers. Cette mère de famille-entrepreneuse cherche des partenariats avec les enseignes de la grande distribution. Ainsi il sera in fine possible d’envoyer la liste de course proposée par l’application directement à son magasin préféré qui préparera la commande et il n’y aura plus qu’à aller chercher son panier ou commander depuis sa tablette un service de livraison. Alors qu’elle espérait atteindre les 10 000 utilisateurs à la fin de l’année 2017, ceux-ci se comptent aujourd’hui à environ 8 000. En 2018 plus personne ne parle d’elle et aucune grande surface n’est pour le moment intéressée. Nous souhaitons donc bonne suite dans les méandres d’internet à cette application.

    Pour sûr, les projets actuellement mis en avant par la métropole, ou d’autres, ne vont pas transformer nos manières de vivre. Force est de constater même que les applications actuellement financées ne reçoivent pas un grand écho parmi les toulousain·e·s. et ne représentent pas un bouleversement des pratiques. Toutefois, mises bout à bout il est ainsi possible de dessiner l’environnement dont à terme les tenants de la Smart City veulent nous voire baigner.
    Le primat de la ville connectée s’institue donc sur le constat que la quasi-totalité de ses résident·e·s, infrastructures et services, ne cessent de générer des volumes astronomiques de data, devant dans le même mouvement être exploités en vue de conduire à de nouveaux usages. Bertrand Serp, l’élu 2.0 qui a le secret pour cumuler les mandats à tous les niveaux du pouvoir5 ne nous dit rien d’autre lorsque il annonce dans un entretien à actu Toulouse *« La Smart City ne repose pas uniquement sur le numérique mais touche la vie quotidienne des Toulousains »*6. C’est bien la mise en place de dispositif visant l’émergence de nouvelle pratiques citoyennes. C’est désormais la marche à suivre pour tous les tenants de la Smart City, celui de traquer chacun des gestes sociaux, domestiques, intimes, puis d’en imaginer la traduction numérique la plus efficace et rentable. Pensons à l’incroyable rapidité avec laquelle certains secteurs se sont transformés. Aujourd’hui pour accéder à l’information nous nous connectons sur notre smartphone et notre compte Twitter. Pour réserver un endroit où dormir, l’on passe par Airbnb. Uber, lui, a transformé les secteurs du transport et de la livraison. Si l’on veut commander un repas ? Quelques clics et un livreur avec son vélo traversera la ville pour apporter notre pizza préférée.

    Notes de bas-de-page

    1. Consultable sur ce site ; https://data.toulouse-metropole.fr/pages/accueil/
    2. Par analogie avec le Big Brother Orwellien, Big Mother est la reconversion 2.0 de ce premier à l’ère du data.
    3. Chiffres pour l’année 2016
    4. toulouse-metropole.fr/experimentations
    5. Il cumule ainsi au sein de la métropole les fonctions d’élu en charge de l’économie numérique, au sein de la mairie le poste voué à l’économie, au numérique et aux technologies d’informations et de communications. Il est également maire du quartier de Saint Cyprien ainsi qu’au niveau national président de l’association Open Data France. Lobby de l’OpenData qui a pour objectif d’ouvrir les données des communautés territoriales.
    6. Actu.fr. Du 15 décembre 2015

    Ci dessous un lien vers la page internet du site de la métropole dédié à ce projet.
    https://www.toulouse-metropole.fr/projets/smart-city

    Texte à commenté, amandé et complété



  • Bonjour,
    Je viens de consulter sur le site que vous indiquez les comptages piétons.https://data.toulouse-metropole.fr/explore/dataset/comptages-pietons/table/?sort=annee
    Difficile de comprendre à quelles dates ça fait référence, mais passons. Par contre je me demande comment ces comptages sont réalisés. Chaque ligne de comptage fait référence à un lieu qui apparait sur une petite carte. Ça détermine donc l'emplacement d'une caméra, ou je me trompe ? Peut-être une petite piste de recensement des cam' ?
    Du coup, je me demande quelle est la fonction des emplacements qui enregistrent 0 données. D


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